Janvier 2019, lettre à Thierno.
« Se regarder dans les yeux, c’est extrêmement intime, parfois bien plus intime que de pénétrer un corps. Peut-être cela qui t’a mis mal à l’aise jusqu’alors, cette forme d’intimité-là ?
Dans tout ce que je fais, une phrase revient : voir et être vu-e. Accepter de voir et d’être vu-e, et cela va bien au-delà du corps et du mouvement. C’est accepter de voir et d’être vu-e au-delà, au travers de nos couches protectrices, être vu-e pour qui l’on est, tout ce que l’on est et seulement ce que l’on est.
Ma conviction est que faire l’amour ou jouer BDSM à une haute intensité avec le désir profond de partager, ainsi que l’autorisation de voir et d’être vu-e permettent d’accéder à l’autre sans fard ni masque, de plonger profondément en lui/elle, de toucher du doigt une vérité ou une crudité – que l’on en ait conscience ou non. On en ressort bouleversé sans vraiment pouvoir mettre de mots sur cette expérience.
Quand je te prends te regarder décuple mon désir, et j’aime ce que je vois. Ton corps, ton cul ouvert, ton visage, ton plaisir, bien sûr (bien sûr, rien que de l’écrire me rend chose !), mais aussi ce que je vois au-delà. Toi à l’intérieur.
La formulation est étrange, mais je n’en trouve pas d’autre.
J’adore l’idée de te contraindre durement,
de faire de toi mon prisonnier,
de cracher sur ton beau visage,
de te torturer pour faire monter ton plaisir,
de te frustrer en prenant tout mon temps pour mieux t’ouvrir avec mes deux mains.
J’adore l’idée de faire de toi mon jouet, rien que faire défiler ces images me donne envie de jouir. »
Toile de Magritte.
Titre en clin d’oeil à Saramago.