Le temps suspendu

Je l’ai un peu guetté de chez moi, je me demandais s’il appliquerait à nouveau la consigne que je lui avais donnée pour notre premier rendez-vous : se poster face à mon immeuble, chercher ma fenêtre des yeux, regarder les rideaux rouges et peut-être mon ombre qui passe.

Dans la glace je me suis trouvée belle et j’ai redessiné ma bouche. Framboise écrasée avant le goût de ses lèvres. J’ai gémi en pensant à ses baisers.
C’était un moment très doux. Pour une fois je n’étais pas pressée, pas préoccupée par mille broutilles. Pour une fois nous avions le plus grand des luxes, des heures rien qu’à nous derrière ma porte fermée. Je n’éprouvais que de l’impatience et de la joie car je savais que bientôt, dans huit minutes exactement, il serait là.

J’ai entendu son pas dans l’escalier. Il a toqué. Ma porte s’est ouverte sur ses yeux.
Je me suis jetée sur lui. Sa peau, vite.
Volodia a posé sa montre sur le minibar. J’ai posé la mienne à côté.
Ensemble nous avons arrêté le temps.


Photo de Ren Hang.