Shootée

Deux heures à respirer son odeur, son cou, ses aisselles, à enfoncer mes griffes dans ses flancs, à lui tirer les cheveux et à l’embrasser, à caresser son visage et à lui rentrer mes ongles sous les pieds, à le frapper et à le mordre,
passionnément.
« Maison », répétait la petite voix sous mon crâne alors que je me vautrais dans son odeur. Aimantée. Perchée. Shootée à ses phéromones et mon adrénaline. Il est des évidences avec certains corps, et lui était pour moi un corps à évidences.

La première fois que nous avons « joué », c’était la veille. Dans ton cul, titrait l’atelier, sauf qu’au lieu de mettre quelque chose dans son cul, c’est dans ses prunelles que j’ai plantées les miennes.
« Toi, tu me plais », pensai-je à le regarder debout à la lisière des spots, T-shirt blanc-longue jupe noire-petit chignon gris. Il dégageait une force d’attraction qui m’avait attiré à lui pour piler très près de son torse, à distance intime, une main levée le long de sa joue :
– Je vais t’explorer. Mettre mes doigts au fond de toi, te posséder. Te baiser. Très fort.
Il avait gémi comme on pleure, du ventre. Ma langue sur son oreille, la brosse magique qui efface les mots sales pour en prononcer d’autres, « Te prendre comme ma chose parce que tu m’appartiens, te faire mal pour me faire jouir puisque tu es là pour ton plaisir, tu comprends, ma chose ? »
Quand je l’avais enfin touché, tout son corps avait eu des soubresauts, le souffle emballé alors que je crevais de désir pour lui.

La deuxième fois, c’était le lendemain. Resistance play, titrait l’atelier. 50 personnes dans une salle et lui, les yeux bandés, à dire « Non, non, arrête ! » alors que son corps disait « Oui ! Oui traîne-moi au sol, roule sur moi, agrippe-attache-lacère-moi, oui !! », mais voilà… Il fallait bien suivre la consigne.

La troisième fois, c’était dans la semi-pénombre de la grande salle, après avoir découragé par notre attraction exclusive quiconque de vouloir se glisser entre nous. Son odeur qui me grise, ma sueur mêlée à la sienne, ma langue dans ses poils,
le café que j’étale sur son torse après y avoir pressé un citron,
lécher-humer-m’enivrer, citron-poivre-café des odeurs qui me rendent folle,
« Je vais te sucer comme une glace, te dévorer et te cracher comme un pépin lyophilisé ».

Quand il a fallu me séparer de lui, le vide me parut soudain si grand que mon ventre se révulsa. J’avais mal.
« C’est toi qui dois partir, j’ai dit. Moi je pourrai pas. »
Même pas menteuse.

Photo de Bill Westheimer.