Je ne l’ai pas entendu frapper à la porte de la salle de jeux. Je venais de passer cinq bonnes minutes à ranger le désordre invisible et je me disais que lui, le petit monsieur toujours inquiet, tardait vraiment à se manifester.
J’ai cru qu’il accordait toute son importance à la douche ou à la préparation mentale, pas un instant qu’il pouvait être déjà à genoux dans le couloir, à m’écouter ranger l’invisible en se tripotant les tétons et la queue. Le découvrir là, dans cette position, m’a causé une pointe de dégoût. L’impression d’être épiée et d’une certaine manière, volée, envahie.
Après tout il utilise mon espace pour son unique plaisir, et sans ma permission. Aussi est-ce d’une voix rude que je l’interpelle :
– Mais que faites-vous ? Arrêtez immédiatement !
Ses yeux roulent dans leurs orbites, ses mains stoppent net. Il me regarde, à la fois confus et surpris.
– Vous avez frappé, au moins ? Oui ? Pas assez fort, alors. Depuis combien de temps êtes-vous là ?
– Aucune idée, Madame. Je me suis dit que vous n’étiez pas prête, alors je patientais comme un bon petit toutou… Le vôtre, wouaf ! Et je vous entendais marcher avec vos talons, et j’imaginais des choses, et ça m’excitait… Vous êtes tellement belle, Madame, wouaf wouaf ! J’ai tellement de chance, wouaf wouaf wouaf !
Sur ce, voilà qu’il recommence à se tripoter en me dévisageant, la langue demi-pendante. Une petite voix – celle de l’expérience ? – me souffle que cette séance va être longue, très longue.
– Arrêtez, enfin ! Sinon je vous attache les bras dans le dos, si serrés que vous ne bougerez plus du tout !
La menace fonctionne. Il se fige comme un enfant puni. Entre consternation et fou rire je l’observe, statue de sel à genoux. Il fait partie de ces hommes qui, par manque de soins ou par génétique, vieillissent avec peine. Il a, hélas pour lui, la petite soixantaine fourbue, vite essoufflée, vite fatiguée. Son corps raide de partout, sauf au bon endroit, se rappelle sans cesse à son mauvais souvenir. Je dois de mon côté prendre beaucoup de précautions, et surtout celle de n’aller ni trop fort ni trop vite.
Il ne le supporterait pas.
Ses yeux s’immobilisent sur mon décolleté. Il émet une plainte bizarre, à mi-chemin entre orgasme poussif et coussin crevé. Comme mues par la magie de l’air pulsé, ses mains reprennent du service. Je lui tourne une énorme claque outrée :
– Ça suffit maintenant !
– Mais Madame, je ne le fais pas exprès !
Pas exprès ? Ridicule. Des scènes de vieux film où des mains coupées se déplacent toutes seules défilent dans la tête, suivies de près par l’objet transitionnel de Winnicott, pédiatre et psychanalyste. Je songe que le doudou de ce petit monsieur, c’est sa bite et que pour une fois, il n’a qu’à se la fourrer sur l’oreille.
Je ne suis pas bégueule, non. Je tiens au protocole, nuance.