Au nom de la rose

Je l’ai attaché très serré sur une chaise, un bras dans le dos, un bras en l’air. Je m’amuse à le chatouiller. Il crie tour à tour « Non non non ! » et « Aïe aïe aïe ! ».
Plus je le chatouille, plus son débit s’accélère et plus je ris, et puis je ris et plus je le chatouille, et plus je ris plus je le chatouille, cercle vertueux complètement insupportable.
– Nonononononononon !!!! Aïeaïeaïeaïeaïeaïe !!!! Pitiiiié Madaaaame !

Vais-je m’arrêter pour autant ? Bien sûr que non. Je décide de poursuivre jusqu’au point où il perdra le langage. Quelques minutes plus tard, secoué de spasmes, il émet enfin une bouillie informe.

Mission accomplie ! Je décide de le surprendre, me glisse dans son dos, attrape mon grand verre de boisson et lui renverse sur la tête. Le liquide rouge coule sur ses cheveux, ses oreilles, son cou. Voilà mon client transformé en Christ de salon.
Fascinant.

Soudain je remarque une bosse bizarre sur le haut de son crâne. Je m’approche. Le bouton de rose qui stagnait au fond de mon verre. La scène a quelque chose de poétique mais aussi d’absurde – le comique sans épines, en somme. Et c’est reparti pour les chatouilles !