Si remplie de tendresse, de plaisir et de baisers,
pleine jusqu’à ras-bords de bonheur, lui si longtemps et ardemment désiré dans mon lit, moi à le contempler-l’embrasser-l’aimer-l’effleurer-le caresser,
ses longues mains si belles sur mes seins et les miennes sur son ventre,
bouleversante intimité des amants,
et soudain mon être qui se révolte,
aujourd’hui je ne veux pas toucher d’autres peaux, je veux garder la sienne gravée au fer rouge et sa nudité entre mes orbites,
aujourd’hui je suis si comblée que la simple idée d’un autre corps que le sien est sacrilège,
Lui non plus, dit-il, aujourd’hui il n’a envie de rien d’autre sauf de ça, la pulpe de mes doigts pour clore cette nuit presque blanche qui bientôt s’achève,
mais s’arracher au lit, au tiède, au doux, au duveteux, il le faut car j’ai le boudoir à préparer, des bas couture, de hautes bottes, un corset trop étroit et une jupe vinyle à enfiler,
car dans une heure trente, tic tac,
un client débarque, à poil, avec sa cage de chasteté.
Lui eut le bon goût d’en rire, de ce travail aujourd’hui devenu torture.
Toile d’Egon Schiele.