Ce n’est pas quand j’ai entouré son cou de ma corde qu’il a vraiment eu peur,
ni quand j’ai saisi la cravache pour en poser le bout menaçant sur ses couilles et que je les ai tapotées, une-deux, une-deux-trois, de plus en plus fort,
ni même quand un son de serpent est involontairement sorti de mes lèvres entrouvertes,
« SssssssSSHHHHHH », sifflais-je en me faufilant dans l’angle mort où, immobilisé coudes pliés et bras levés, incapable de tourner la tête, il ne pouvait plus me voir,
ni même quand, penchée sur sa nuque, j’ai soufflé sur ses cheveux puis chantonné, davantage pour moi-même que pour lui, comme une autiste prisonnière d’un monde qui n’existe que dans son cerveau, la drôle de berceuse des enfants pas sages.
Non.
Je l’ai vu dans son regard, le vacillement de peur, la bascule à pic dans l’angoisse, les paupières écarquillées sur les cils qui veulent battre, l’excitation de se trouver à demi-nu et si vulnérable dans mon salon,
« Mais qu’est-ce que cette femme est donc capable de me faire ? »,
le vacillement de la peur sous la flambée du désir, c’est quand, en le regardant droit dans les yeux, j’ai incliné la tête, à peine,
et que soudain, contre toute attente, je me suis mise à rire.
Photo de Ren Hang.