Cuisine barbare

Il a dit que le plaisir lui venait avec la douleur et que par conséquent, il voulait avoir mal.
– Maîtresse, accepteriez-vous de me flageller le sexe aux orties ?
– Oui, à condition que vous me les apportiez.
– D’accord… Prévoyez les gants !
Le jour dit, il a donc cueilli ses orties près de son bureau à Cergy-Pontoise. Depuis mon boudoir je l’imaginais, petit sexagénaire aux yeux pâles, bien bronzé-bien mis, costume-cravate-chaussures cirées-mallette, à quatre pattes en train d’écumer les champs.
Incongrue, l’image me donnait envie de rire, et surtout de rire avec Lila, la complice qui me rejoignait pour dîner.

Il est arrivé un peu essoufflé par les étages, m’a tendu un grand sac en plastique.
– Les orties, Madame.
Je désignai sur le lit-bateau la place vide à côté des gants en satin :
– Mettez-les là.
Puis la séance a commencé. Je l’ai fessé, giflé, griffé, mordu. J’ai posé des pinces sur ses tétons et ses testicules, fait passer de l’électricité à l’intérieur. Dès que la douleur devenait plus forte, il haletait et bandait.
Un vrai maso, il n’avait pas menti.
– Je te rappelle une de mes règles, lui soufflai-je à l’oreille. J’aime les soumis résistants et ici, on ne jouit pas sans ma permision… Compris ?
– Oui Madame.
– Parfait. Alors maintenant, je vais te mettre à l’épreuve.
Je lui mordis l’épaule, fort, allumai le vibromasseur et le collai entre les pinces qui lui mordaient cruellement la peau des couilles. Pour beaucoup d’hommes, cette douleur est à la limite du supportable.
À lui, elle lui a simplement arraché un cri puis un juron :
– Mais QUEL ÂNE !
Il avait joui. En 15 minutes.

Les orties sont restées sur le lit, dans leur sac. Lila les a testées le soir-même en concluant, presque déçue, que « ça ne faisait pas si mal ». Et moi, voltigeant dans la cuisine avec mes gants de satin rouge, je nous ai préparé une soupe aux orties.
Excellente, et qui ne piquait même pas.

Photo de William Wegman.