Lui, il vient une à deux fois par mois depuis longtemps. Pendant des mois, il m’a apporté un cadeau à chaque séance, souvent un livre, parfois un parfum ou des bas.
Il savait que c’était la semaine de mon anniversaire. À la séance programmée autour de cette date spéciale, il est venu les mains vides et moi, je me suis interrogée : pourquoi ?
Avec ma manie de décoder les actes manqués (« les actes manqués réussis », comme je les appelle en riant), de chercher des sens cachés aux mots, de traquer l’inconscient dans nos comportements anodins, j’y ai vu une intention ou un subtil aveu plus qu’un oubli. Mais quelle intention, quel aveu ?
La volonté de marquer son indépendance ?
De ne pas souscrire à la norme plate du « cadeau obligé » ?
De vouloir prendre l’ascendant sur moi (« Je sais cette date importante pour vous et je choisis de ne pas en tenir compte en me posant comme supérieur » ) ?
De m’humilier en sourdine (« Vous ne méritez pas un cadeau en ce jour spécial ») ?
Je l’ignore. Je n’ai rien dit, rien réclamé, bien sûr. Un cadeau n’est pas un dû, il doit aussi faire plaisir à celui qui l’offre. J’ai beau respecter les zones d’ombre des autres et rendre à chacun la responsabilité de ses actions en m’efforçant de ne pas les prendre de façon personnelle, dans ce cas précis, je m’interroge : pourquoi ?
(Alors que j’écrivais ce billet s’est mis à traîner, dans mon inconscient à moi, une histoire de lettre passée inaperçue quoique placée en évidence sur une table, histoire associée à un psychanalyste ou un philosophe avec deux A – Lacan ? Kierkegaard ?.
Moralité : quand l’évidence est trop aveuglante, on la rate. Mais qu’ai-je donc raté ? Où est l’angle mort de cette histoire, si tant est qu’il y en ait un… vivant ?)