Voilà des mois que nous nous voyons régulièrement. J’ignore son nom, son métier ainsi que sa situation personnelle. Marié, sûrement, au de vu de la bague à son annulaire gauche. Il n’empêche que je ne veux rien savoir de lui. Pour moi il est et doit rester Elias, un soumis aux airs d’avocat qui n’aime ni la douleur ni l’humiliation.
Le truc d’Elias, c’est d’appartenir, et surtout de m’appartenir transformé en femme.
Contrairement à d’autres de mes soumis, Elias n’a en soi pas un physique féminin. De taille moyenne, poilu et replet, il a une bouche mince, des cheveux gris coupés à ras, de strictes lunettes d’écailles. Mais sous son allure austère d’homme d’affaires, Elias cache une grande douceur. Et sous ses vêtements de ville, costume ou gros velours côtelé, de la dentelle, des résilles et des frous-frous.
Chez moi Elias se rend à mon pouvoir, à la fois femelle et petit animal sans défense dont on use et abuse,
« L’animal favori cajolé puis battu, / L’excitante poupée bientôt brisée / Qu’on enfouit un soir, pauvre chose fluette, / Près d’un marais de jade où chantaient les rainettes » de la chanson d’Arthur H,
alors que je plaque ma paume contre son visage, façon kidnapping, et chuchote, impérative à son oreille, « Tais-toi, pas bouger ! », il m’obéit à grand peine et me fixe avec une adoration éperdue.
Quand il reçoit enfin l’autorisation de se mouvoir, Elias ondule, avec une touchante sensualité surimprimée à des gestes stéréotypés : faire la moue, passer sa langue sur ses lèvres et ses mains sur son corps, se pincer les tétons et bouger les fesses en cadence alors que je l’encule.
D’ailleurs, la dernière fois que je l’enculais, Elias était à quatre pattes. J’agrippai ses hanches pour le pénétrer jusqu’à la garde. Il gémit. Je bloquai ses épaules d’une main, me penchai et lui enserrai la gorge du bras, prise de karaté pour maîtriser son souffle alors que je lui cinglais violemment la croupe.
Et là, Elias dit :
– Oh Madame, vous m’avez dompté !
Le mot me parut si incongru que je faillis m’arrêter net.
Pour moi Elias n’a rien du lion farouche, mais tout du mignon lemming.
Photo de Saudek.