Il est entré, il s’est senti bien. De l’espace et du cachet dans le lieu où je le recevais, moi si contente de le recevoir.
– Tu veux voir la pièce obscure ?
Il a hésité.
– Peut-être… Je voudrais pas…
Dans le boudoir j’ai tiré les rideaux rouges d’un geste théâtral. Le miroir ancien a soudain reflété notre image, « un si beau couple », j’ai pensé. Les martinets, fouets, bâillons, et autres instruments de contrainte et d’impact ont comme par magie surgi de l’obscurité.
– Et voici… Le Ministère de la douleur !
– Ooooh.
Le regard fixé sur les instruments, fasciné, surpris, il a avancé d’un pas, piétiné puis reculé d’autant. Sa limite semblait la latte de parquet sur laquelle se brise le tombé des rideaux.
– Cette pièce est la pièce obscure, j’ai dit, le réduit de Barbe-Bleue, la boîte noire de notre cerveau, entre clarté et ténèbres l’alambic à fantasmes qu’on aborde en tremblant, sans souvent oser y entrer.
Il a juste répondu oui. Il n’est pas entré.
J’ai fermé le rideau.
Toile de Istvan Sandorfi.