Comme une odeur d’abus

Certains clients me demandent des « jeux d’odeur poussés ». Je les refuse toujours, comme j’ai refusé sans hésiter cet homme qui voulait « être torturé par des odeurs corporelles insupportables, ne vous lavez pas de plusieurs jours, Maîtresse, et forcez-moi à respirer vos vêtements macérés de sueur, ce n’est pas grave si je vomis ».
Pas grave pour vous, peut-être, mais pour moi inacceptable tant les odeurs occupent une place de choix dans mon érotisme. Peur, désir, fébrilité, état de santé… Mes odeurs parlent à ma place, à mon corps défendant. Les livrer, c’est livrer un peu de moi, et surtout des bribes toutes personnelles qui échappent à mon contrôle.
Les gestes, les mots, une technique, je peux les maîtriser. Les odeurs, non.
Là sûrement passe la ligne intime de l’abandon.

Une après-midi de canicule, j’attendais assise sur un siège, un banal siège de centre commercial. L’homme debout à mes côtés attendait aussi, mais en m’observant. Son regard lourd me mettait mal à l’aise, tant et si bien que je me décidais à partir.
À peine m’étais-je levée qu’il se rua vers la place que j’occupais en reniflant à petites bouffées, comme un chien de chasse, l’air que je venais de déplacer. Il devait contenir quelques molécules de mon parfum, de ma crème et de ma sueur.
L’homme s’agenouilla devant mon siège, le huma comme il aurait humé ma chatte, caressa le plastique encore chaud du contact de mes fesses.
Je le regardais, estomaquée, mortifiée. Cet homme venait de piller mon intimité. Je me sentais salie, souillée, mais que dire ?
« Il m’a violée en me respirant ? »

2 commentaires

  1. Slevtar dit :

    J’ai souvent été sidéré par la puissance évocatrice d’un parfum, d’un musc, et son pouvoir érotique quand il touche un lien intime. Sans être allé jusqu’à n’agenouiller devant un banc, mais être emporté soudain par un effluve et le suivre, oui ; jusqu’à en identifier la source et être tout aussi brutalement déçu, évidemment, devant une réalité aussi étrangère à l’être évoqué, sa peau, son sourire. Elle venait de passer, et ce n’était pas elle.

  2. Yes Mistress! dit :

    Cher Slev, à te lire j’ai aussitôt pensé à Verlaine « Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant… » Elle venait de passer, ce n’était pas elle, et pourtant elle a eu le pouvoir (la chance, le privilège ?) de faire vibrer un instant une corde intime. Note de coeur du parfum, rattrapée par la note de tête.

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