Domina, Dominae

À la question « Mais que fais-tu dans la vie ? »

J’ai envie de répondre que je travaille avec et sur les corps,
que je les explore avec science et conscience,
leur donne du plaisir et leur fais mal avec rigueur, empathie et bienveillance,
que je procure à certains des sensations qu’ils n’ont jamais ressenties auparavant, qu’ils ne se croyaient même pas capable de tirer de leur assemblage de chair-os-muscles-cartilages-tendons, comme un violoniste qui, ayant changé d’archet ou de chef-d’orchestre, s’étonne des capacités insoupçonnées de son instrument,

J’ai envie de répondre que j’écoute, bois des yeux et apaise de mes paumes qui réduisent au silence,
que je soulage des esprits en leur permettant de vivre ce qui depuis de si longues années les obsède, qu’ils n’osent partager avec personne et encore moins avec leur épouse,
que je débride les plaies des consciences comme des culpabilités,

J’ai envie de répondre que je ris et joue comme un animal libre, en grondant-grognant, psalmodiant et parfois chantant,
« Happy birthday, happy birthday to you… »
alors que lentement les gouttes de cire brûlantes s’écrasent sur un homme étendu bras en croix,
« Oh petit Jésus quand tu es descendu du ciel »,

que j’utilise des mots crus, « pute » et « lopette », « Garage à foutre, je vais te défoncer jusqu’à ce que tu couines comme un goret, suis-je claire ? »,
puis des mots compliqués comme ipséitéoblation ou ancillaire, dans la même phrase souvent,

que j’invente des histoires de couteaux qui trépanent des calottes crâniennes pour qu’enfin je puisse scruter le cerveau et à l’intérieur, la mécanique secrète et si intime du désir enroulé serré sur la bobine électrique de l’imagination,
des histoires de servante aux articulations déformées par le labeur des champs,
des histoires de Van Gogh, de soleils qui tournoient, giratoires, et d’oreille coupée,

J’ai envie de répondre que je m’empare d’objets que je brandis en symboles,
« Regarde, cette écuelle représente ta fierté et ta fierté, je lui pisse dessus » en laissant, impudique et demi-nue, mon jet s’écouler sur le fer-blanc,
« Pi-pi-pi-pi-pi c’est le bruit de la pluie qui vient bafouer, souiller, compisser ton honneur, tu entends ? », avant d’empoigner ma petite pute par les cheveux et de lui coller la face dans son honneur encore chaud,
« Lape comme un chien et aboie ! » avant de le gifler dru avec son honneur devenu froid, lui assis impuissant, sonné, les bras ballants, dans ma pisse et ma bave,

que j’explique, suave, la différence entre le pouvoir et le contrôle alors qu’emprisonné en tenaille dans le joug de mes jambes, ma victime consentante prend mon poing dans son cul,

que j’use de mes cinq sens et surtout du sixième, le « vibratoire » pour me hausser à l’unisson,

Mais surtout, j’ai envie de répondre que des marques que je laisse au terme d’un voyage qui nous porte tous deux si près des soleils giratoires de Van Gogh que nos ailes de cire menacent de fondre, les marques physiques sont les plus rapides à disparaître.