Élixir

Volodia était sur moi, en moi,
Je regardais son visage et le buvais, cul sec,
Je gémissais sous la butée de son sexe au fond du mien et plantais mes pupilles dans les siennes, bleus fusionnés dans un soupir,
Le voir et être vue, nue entièrement jusqu’aux os, jusqu’aux torsions délectables de nos cerveaux étonnamment similaires,
Ah, être baisée dans toute l’impudeur d’un regard qui ne flanche pas !

Son sexe entrait en moi, lentement, entre les ondes de plaisir des pensées me traversaient,
les crochets de ma tête de lit auxquels j’avais fixé mes cordes,
l’amour que j’allais lui faire, après, dans le cul, longtemps,
notre première séance où je l’avais menotté, bras en l’air, puis frappé sans pitié sur le téton gauche, sous l’impact répété il criait, se tordait et perdait l’équilibre, je lui faisais presque ou tout à fait peur, disait-il alors que je m’esclaffais, cruelle gamine au ventre vrillé de désir, mais d’un désir que je lui rendais comptant, intérêts compris,
cinq, dix, quinze énormes claques, si bien qu’à bout de douleur il avait agité les bras, dégommé mon lampion rouge bordel puis lâché « Rouge ! »,
Le deuxième « rouge » de la séance, à croire que j’avais cherché ses limites (je plaide coupable),

Son bassin se collait au mien, hanches synchrones tandis que je caressais son visage et lui ordonnais « Pas jouir ! Pas jouir ! »,
Volodia clignait des paupières en signe d’obéissance parce que parler, il ne pouvait pas,
Je le buvais jusqu’à la lie des yeux et des lèvres, cet homme resté mystérieux pendant des semaines,
« Je ressemble à ce que j’écris », m’avait-il envoyé dans un message de notre correspondance-fleuve, « Petit salaud », avais-je soufflé entre mes dents en me retenant de rire tant sa réponse était parfaite, débrouille-toi avec ça, ma fille !

De Volodia j’ignorais encore mille et une choses comme mille et une nuits,
j’ignorais qu’à son arrivée je lui trouverais le maintien raide et le visage juvénile,
que dans mon boudoir j’aurais un flash, une superposition d’images, lui nu-lui en uniforme, comment le savais-je ?, aucune idée,
j’ignorais qu’il me réclamerait de lui faire mal alors que je devenais tendre,
que ses yeux lorsqu’il réfléchit se plissent et sous la douleur se voilent,
que cette nuit de septembre il ressemblerait à un homme qui aime une femme qui le bois,
une femme qu’il recouvre de ses fluides, poitrine, cou, menton, lèvres, langue, joues, front trempés, parce qu’avant de lui ouvrir ses cuisses, cette femme lui a dit « Ouvre la bouche ! » pour y fourrer un bâillon-boule.

Ainsi va le désir et vogue le navire,
Liquides.

Dessin de Manara, Danaé (et la pluie d’or, donc).