Fuck le flacon…

(… pourvu qu’on ait l’ivresse.)

Avec mes talons je suis plus grande que lui. J’ai claqué la porte et il se tient dans ma cuisine, petite souris aveuglée par les lumières trop vive. Il a un visage pointu, des yeux très sombres par rapport à ses cheveux vaguement roux, un pantalon kaki qui a vécu et pas de sac.

Lui, je lui ai accordé un rendez-vous comme je le fais rarement, c’est-à-dire du jour pour le lendemain, du samedi pour le dimanche, et j’ai hésité à l’annuler en voyant l’heure à laquelle il m’a répondu : 3h47, soit en pleine nuit.
Ce qui m’a finalement décidé à le recevoir ? Son mail, parfaitement rédigé, et ses réponses au questionnaire que j’adresse à mes futurs soumis. Il s’y disait jeune et expérimenté, en recherche de pratiques que j’affectionne : être attaché serré, giflé, excité à blanc et congédié sans pouvoir jouir.
La frustration infligée liée à mon pouvoir, ou le pouvoir de la frustration… Difficile de résister.

Donc il est là, tassé et tremblant devant moi en gloire, et ses tous premiers mots après le « Bonjour Maîtresse » de rigueur sont :
– Excusez-moi ! Pardon !
Je lève un sourcil.
– Pardon de… ?
– Je vous ai menti, Maîtresse ! Je vous ai dit que… que j’étais expérimenté mais en fait, je suis novice… c’est la… la première fois que je vais à une séance comme… une séance sérieuse, vous voyez ?
– Je vois, oui.
– En fait j’avais compté les fois où ma femme m’avait attaché les mains mais euh… Voilà… En fait… La vérité c’est que… Maîtresse… Pardon ! Quand j’ai répondu à votre questionnaire j’étais ivre !!!

Autant dire que j’ai commencé notre « séance sérieuse » par :
– Alors ainsi, on ose écrire ivre à des Dominatrices ? Et vous avez dessoûlé, j’espère ?
Le meilleur antidote contre la gueule de bois, c’est encore les gifles.
Parole de Madame.

Photo de Horst P. Horst, sur un titre baudelairien.