Lui veut que je le renverse en travers de mes genoux et le déculotte pour le fesser sans pitié « en mauvais garnement qu’il est »,
même qu’il est toujours un garnement, un petit galopin aux cheveux blancs, 1m80-120 kilos,
Lui veut que je lui introduise un suppositoire comme sa mère s’y employait quand il tombait malade,
même qu’il détestait ce moment d’humiliation, l’odeur de camphre associée aux tremblements de la fièvre, le caleçon à baisser devant maman, son escargot qui se recroqueville entre ses cuisses alors qu’elle pousse la fusée blanche au fond de son rectum,
et la fin, toujours la même, elle satisfaite du devoir accompli et lui honteux, le cul gras, alors que dans la pièce flotte encore des relents de suppositoire,
Lui veut que je joue la maman perverse, celle qui initie le petit garçon au sexe en lui montrant « tout ce qu’une mère digne de ce nom doit apprendre à son fils »,
même qu’il m’a concocté un scénario très précis et un lexique à apprendre par coeur, des termes enfantins parmi lesquels je m’embrouille en ajoutant des -ette partout, zigoupoulanette, pissoulettes, rouflaquettes, vas-y-Paulette !
Pas grave.
Lui, à terre bouche pendante, en pleine régression, me contemple de l’air d’adoration éperdue qu’on réserve à la divinité, éructe une suite de borborygmes puis une phrase complète, une seule, qui jaillit, limpide,
« Tu es si belle Maman ! »,
D’autres encore dont les fantasmes me parlent de leur enfance,
de leur mère, des escarpins de leur mère, des seins de leur mère, du parfum de leur mère, du cul, du con et de la cruauté de leur mère,
une mère trop belle ou trop laide, trop envahissante ou trop distante,
Une mère sacrée, indigne, nourricière, soumise, salace, aimante, tendre, détestée, démissionnaire, fière, câline, méchante, morte,
une mère très mamma ou marâtre mais jamais pute, « Ta mère la pute » c’est pour les autres,
En filigrane tant d’histoires de vulnérabilité, de colère, de construction de moi-ça-surmoi,
maman, ô Maman, la bobine-matrice sur laquelle s’enroulent les fils électriques du désir,
un joli ballot à haute tension qu’une fois le rendez-vous achevé, je dépose derrière ma porte.
De toutes ces histoires qui ne m’appartiennent pas, je suis au mieux la dépositaire. La thérapeute ? Je ne crois pas.
Guérit-on jamais de son enfance ?
Photo de Hermann Foesrterling.
My fifty cents.