Avant-hier j’ai cherché partout la clé de ma chambre, 209, 1er étage, son air d’orphelinat roumain sans barreaux. Elle n’était nulle part. J’ai alors accusé la chambre de l’avoir mangée, comme j’avais accusé mon appartement parisien d’avoir englouti ta ceinture, celle qui me servait à te frapper si fort.
J’ai cherché encore. Toujours rien. Illogique car dans cette chambre, j’y suis bien entrée avec la clé. De guerre lasse j’ai ouvert la porte et j’ai vu… la clé enfoncée dans la serrure. J’ai donc dormi avec ma clé sur ma porte.
Petit frisson rétrospectif, quelqu’un aurait pu entrer en pleine nuit, « nuitamment », selon un adverbe qui a le don de me plaire,
et j’ai pensé à toi, à combien j’aurais voulu que ce soit TOI qui entres,
et je me suis promenée dans les rues de cette mégalopole tropicale en imaginant ce que tu m’aurais fait, si tu étais entré, puis à ce que je t’aurais fait, moi, te mordre-te baiser-te gifler-te couvrir de mouille-de salive-de champagne,
et je pensais tellement à ta langue-tes fesses-ton sexe-tes fesses-tes mains que j’ai été aimable avec tout le monde, même avec cet horrible vieux gars qui mate les filles d’un regard sale et tente de les racoler pour je ne sais quelles soirées.
Un jour j’ai lu quelque part, dans un livre peut-être, une déclaration d’amour ou d’amitié qui m’a émue parce qu’elle a la justesse, la simplicité et la vérité des choses essentielles. Je ne me souviens plus des mots exacts, elle ressemble à « t’avoir dans ma vie me rend meilleur-e, j’aime la personne que je deviens avec toi et grâce à toi ».
Voilà exactement ce que ce matin, j’ai envie de chuchoter au creux de l’oreille gauche, avant d’en lécher le lobe pour te faire trembler : « T’avoir dans ma vie me rend meilleure.«
Texte de voyage, janvier 2019, avec en 2020 une spéciale dédicace à Aliocha,
et tous-tes celleux, si précieux-ses de part le monde,
qui me rendent en effet meilleure.
Toile de Tamara de Lempicka, La Dormeuse (détail)..