Larmes de champagne

Nous étions au lit et nos coupes de champagne sur la table de nuit. C’était presque étrange pour moi de ne pas pouvoir utiliser Nathaniel à ma guise. Je n’étais pas à court d’idées, pourtant : dans un univers parallèle je l’aurais menotté et encordé, mordu, retourné et voluptueusement griffé… et pire encore.
Dans un univers parallèle, oui, car dans celui-ci Nathaniel n’est ni soumis ni bottom – ce qui ne m’empêche évidemment pas (ou ce qui me pousse à) chercher des moyens de l’utiliser.
Maîtresse est joueuse, c’est une de ses grandes qualités.

Ce soir-là j’avais trouvé une excellente idée : faire de Nathaniel ma table de réception. Le défi était de taille car loin d’être plat, donc stable, son torse est bosselé de muscles. Je pensais à contretemps que pour une fois dans ma vie, je serais bien devenue platiste, avant de conclure que le défi donnerait toute sa saveur au moment.
J’ai donc attrapé ma coupe, l’ai posée sur la poitrine de Nathaniel tout en lui ordonnant :
– Ne bouge pas !
Il a obéi, et même trop bien pour que je n’agisse pas. Je commençais donc à le chatouiller. Ce qui devait arriver arriva : Nathaniel fit basculer ma coupe. Le champagne lui arriva directement dans l’oeil. Au lieu de m’en désoler, je riais aux éclats alors qu’il pleurait, me reprochais de rire et riais encore plus fort.
Un homme qui pleure, ça me met joie, voilà.