Objet du désir

Il ne pouvait détacher le regard de mon collier abandonné sur la table. Un collier fantaisie, long et lourd, tout en métal argenté, articulé comme une échine de serpent, que je porterais volontiers en séance si la prudence ne m’en dissuadait pas : un client violent pourrait m’étrangler avec.
À force de suivre ses yeux, je me suis emparé du bijou. Ce fut d’abord une sensation froide dans ma paume, puis des rondeurs de colonnes vertébrales qui, fuyantes, se faufilèrent entre mes phalanges, avant que l’aigrette finale n’orne mon poignet comme une mèche de fouet.
Notre silence se teintait de la puissance de mes doigts, menace sensuelle et contenue, promesse de châtiments et de plaisir. Face à lui j’étais la Maîtresse et l’odalisque perverse, une possible amante mais surtout la femme qui le désirait à en suffoquer.
Alors il dit, presque grave :
– Sur la table, ce collier est inerte. C’est entre tes mains qu’il prend tout son sens.
Cette nuit-là lui donna raison.

Photo de Hengki Koentjoro.