« Cher,
Dans mes rêveries une scène revient, celle des émotions cramoisies que je t’ai données avec ta ceinture, et surtout un geste qui m’a troublée comme une quintessence de l’érotisme : quand, après t’avoir appliqué de rudes coups puis enlacé tendrement, j’ai serré ta nuque pour te faire basculer en avant, sur les oreillers, et te frapper encore.
Dans la bascule imprimée par ma main il y avait ta reddition et ton désir, l’alliance d’aimer et de faire mal – tu le sais, aimer et faire mal sont pour moi si proches -, une intensité bouleversante d’autant que je me doutais que tu n’étais pas à l’aise avec cet acte-là, être durement frappé une femme.
Ces émotions ont ouvert en moi des milliers de connexions déterminantes pour la suite de notre histoire, une histoire qui, alors, n’en était pas encore vraiment une. Le plus bouleversant étant que tu acceptes, et même me demandes, de te faire vivre ces émotions-là.
Je suis à fleur de peau en ce moment, le voyage a décrassé mon interface au monde. Je sens tout, à commencer par la joie, avec une acuité douloureuse, je (sou)ris la moitié de la journée, m’amuse de choses minuscules, me réjouis de te savoir dans ma vie, avec cette constance quotidienne d’écriture,
je marche sur une crête de bonheur intense, qui n’est jamais parfait parce que je désirerais, à cette minute comme chaque soir, te caresser et te regarder dormir,
puis je me dis que cette incomplétude est aussi une forme de bonheur, le bonheur de désirer, de tendre vers en sachant que de l’autre côté, toi aussi tu as envie. Sinon c’est horrible, la blessure cuisante de désirer quelqu’un qui ne vous désire pas ou plus.
Je te promets qu’à mon retour, je réutiliserai ta ceinture. Ou plutôt : la boucle de ta ceinture. »
Inde, janvier 2019.
Une belle déclaration dont on perçoit qu’elle pourrait donner à lire bien davantage. En espérant que de Musset, on y retrouve que le titre … à moins de détourner Rosette de son triste destin. Tu lui prêterais ta badine et ton art de s’en servir, et bientôt Perdican renverrait Camille à son couvent.