Pétard mouillé

Gilbert, peut-être pour me prouver sa dévotion, peut-être pour être drôle ou qui sait, peut-être pour provoquer mon désir, aime signer ses mails d’une phrase décalée : « Gilbert votre soumis baveux. »
Gilbert n’a aucune idée des images désagréables que ces mots font naître en moi : ses yeux qui roulent dans ses orbites et la bave qui coule de sa bouche déformée, son menton et son torse trempé, la traînée humide dont il gratifie mon parquet.

La dernière fois Gilbert s’est dépassé. Il m’a écrit : « Gilbert votre petit pétard à la mèche rabougrie. »
J’ai soudain vu le pétard et la mèche, ce que mon juke-box interne a aussitôt converti en une chanson jouée à pleins tubes, Allumer le feu de Johnny Hallyday.

Sans l’ombre d’un doute, Gilbert ignore que lorsqu’un soumis se décrit comme « docile, joueur est bien entretenu », je visualise un caniche sur une pelouse. Sinon il se contenterait de signer comme tant d’autres : votre dévoué soumis.