Petite pute de chantier

Il portait une culotte en vinyle rouge, des bottines à hauts talons et du khôl noir autour des yeux. Il a rampé, longtemps, tenu en laisse par une créature brune. Quand il s’est redressé, son dos s’ornait d’une inscription pourpre : PETITE PUTE.

Lorsque ses genoux réclamèrent grâce, il s’avachit dans la grande salle, celle où la musique pulsait ses décibels ondulatoires, un cercle de l’enfer avec ses faisceaux rouges tourbillonnants, sa barre de suspension tête en bas qui hâlait, un par un, les corps dans l’espace, les faisait virevolter et gémir sous les coups de martinet.
Ce « 
PETITE PUTE » me fixait droit dans les yeux, si tant est qu’on en ait dans le dos.
La tentation fut trop forte.
Je frottai mes pieds sur les lettres pour lentement les effacer. Le rouge coula sur la peau comme une femme qui pleurerait des larmes de sang.
Quand la créature brune nous rejoignit, je lui demandai :
– Oh, c’est toi qui l’avais écrit ?
Son brusque « oui » me dévoila sous l’ondée de ses cheveux bouclés un visage d’actrice italienne, un regard de lame entre des cils courbés et le pli cruel de sa bouche.
– Pardon d’avoir détruit ton ouvrage, alors.
Ses mains menues s’agitèrent en connivence.
– Aucune importance… Je suis sûre que tu peux réparer ce que tu viens de défaire.
Alors je me penchai contre ce soumis déchu de son titre si rudement gagné. Et là, presque à son l’oreille, je tonnai d’une voix claire « Petite pute de chantier ».

La créature me décocha un large sourire. Elle et moi étions d’accord, sans un mot, sur deux points essentiels :
– le dommage était réparé.
– m
on romantisme me perdra.

Photo de Van der Vlugt.