Souviens-toi de m’oublier

« Penser à toi et écrire jusqu’au soir,
retrouver des amis à 21h30 dans un immense complexe d’immeubles désert, être escortée jusqu’à l’ascenseur par un garde en uniforme ridicule, chemise blanc à faux galons et képi rouge,

Penser à toi et monter seule jusqu’au 18e étage,
serrer des amis dans mes bras et boire du whisky, Monkey shoulder et Kavalan, les déguster à minuscules gorgées et me resservir,
embrasser encore les amis en sachant qu’on ne se reverra pas l’an prochain, et peut-être plus du tout dans cette vie, éparpillés que nous serons aux quatre coins du monde,
alors les embrasser encore parce qu’ainsi va la vie,

Penser à toi et surveiller l’heure,
me poster à minuit sur le balcon qui surplombe la mer pour regarder les feux d’artifice tirés depuis la colline et les bateaux,
savourer ce moment qui jamais ne reviendra en ayant conscience de tout ce qu’il a d’extraordinaire,

Penser à toi et prendre congé tard, trop tard,
reprendre l’ascenseur seule,
attendre dans la nuit noire un chauffeur qui ne vient pas, plantée plus droite qu’un fanal sans culotte sur la route de de la colline,

Penser à toi et trouver un chauffeur qui me drague tout le long de la course,
oublier mon portable dans son taxi, appeler mon numéro et lui parler, à cet homme qui me promet de me rapporter mon téléphone dans la demi-heure,

Penser à toi et à ce que mon chauffeur verrait s’il fouillait mon téléphone,
Ton cul-mon cul-les émotions écarlates-de splendides bleus-des dermes hérissés de ventouses et lardés d’aiguilles-des hommes habillés en soubrettes et des soubrettes en service,

Penser à toi et rire de mon esprit déviant.
La vie est belle. »

Une autre vie, un 31 décembre à l’autre bout du globe.
Le titre est une allusion à Gainsbourg, bien sûr.

2 commentaires

  1. Slevtar dit :

    Taxi que tu mets à fleur de peau ? Euh, un taxi dermiste ?

    1. Yes Mistress! dit :

      Dun taxiphone, j’te téléphone… (C’est cette vieille chanson de Gainsbourg, chantée par Adjani, qui m’est venue en te lisant).
      Allô, allô, allô ! 🙂

Les commentaires sont clos.