Toyboy – Frasques et frusques

Quand il me regarde, ses iris déjà très foncés se changent en deux calots fixes, d’un noir qui tourne à l’encre. Ses pierres d’yeux me transforment en centre absolu de son univers. Il est sidéré, en attente et retranché.
Je ne saurai que plus tard que dans le petit théâtre intérieur de ses fantasmes, mon physique à la slave me fait tenir un rôle de choix : l’oligarque russe auquel lui, le garçon issu d’un pays d’Amérique latine, ne peut que se soumettre.

Lors de notre première interaction il était nu. J’avais égratigné une cerise pour en laisser le jus goutter sur son torse puis j’avais scruté, fascinée, les gouttes si semblables à des gouttes de sang qui, sourdant de blessures invisibles, dégoulinaient sur sa poitrine. Il ignorait encore tout de mon attirance pour les couteaux et de mon envie de couper la chair tendre, incisions à vif pour jeux d’appartenance.
Quand le jus cramoisi roula sur son visage, je crus défaillir. J’eus une vision comme cela m’arrive parfois, un Christ en croix supplicié d’une couronnes d’épines.
Il se mit à terre et je bourrais son entrejambe ouverte de coups de pied tandis que lui, extatique, la bite raide, étreignait mes mains.

Le lendemain, juste avant la play party, il s’avança vers moi. Ses yeux étaient déjà des lacs immobiles avant que, vibrionnant d’espoir, il ne s’enquiert :
– Tu as une tenue de Dominatrice ?
Et moi, au sortir d’un massage énergétique qui m’avait épuisée, comme si toutes les parties de mon corps avaient été jetées à terre et réassemblées dans un ordre aléatoire avant qu’un camion ne me roule dessus, j’avais répondu, plus plate de que le trottoir :
– Si j’ai une tenue de Dominatrice ? Non, j’ai juste envie de vomir.
Ma réponse ne l’a même pas perturbé. La puissance des fantasmes, on dira.


Photo de Holger Trülzsch. Supermodel Veruschka.