Un strap-on à Lisbonne

Petite histoire (hélas) si ordinaire.

J’ai prévu de passer une soirée à Lisbonne avant de partir vers d’autres cieux. J’annonce ma venue sur un réseau en vue, propose aux consoeurs portugaises qui me liraient de nous retrouver pour un verre ou, pourquoi pas, à un soumis de bonne volonté de me faire visiter la ville.
Je précise que ma proposition est à titre privé : rien à voir avec une séance, je ne serai pas habillée « fetish » ni ne me comporterai en Maîtresse. C’est une soirée de vacances loin de mon cadre habituel, voilà tout.

Un soumis, appelons-le Antoine, me contacte. Un amoureux de Lisbonne, dit-il, qu’il connaît comme sa poche.
Jusque là tout va bien.

Nous échangeons quelques messages. Antoine n’a aucun mot déplacé, ne me raconte pas ses fantasmes, ne fait aucune allusion à mon activité de Dominatrice. Il semble avoir bien intégré le concept de vacances.
J’accepte sa proposition à dîner avant une balade en ville.
Jusque là tout va encore bien.

Antoine s’enquiert de mes goûts, réserve le restaurant en conséquence, prévient qu’il m’invite et me souhaite un bon voyage. Je lui précise que je lui écrirai une fois arrivée à Lisbonne, ferai un crochet par mon hôtel avant de le rejoindre au restaurant.
Il est d’accord.
Jusque là tout va toujours bien.

Après mon atterrissage, je rallume mon portable, relève mes messages et en découvre un d’Antoine.
Et là, ça ne va plus du tout.

« Madame,
Je file à mon hôtel, j’ai pris mon gode-ceinture, si par le plus grand des hasards l’envie venait à vous frapper. À Lisbonne on ne sait jamais… »

Mon sang ne fait qu’un tour. En me dévoilant ses intentions au dernier moment, Antoine espérait-il que j’accepterais par crainte de passer la soirée seule ? Ou compte-t-il se rembourser le dîner par une séance gratuite ? J’y vois une manière de me forcer la main, un piège, une impolitesse crasse. Je suis furieuse.
Ni une ni deux, je dégaine :

« Ah oui, c’est sûr qu’à Lisbonne les envies frappent… Non mais sérieusement ? Vous essayez de mordre sur mes limites et je refuse de faire face à vos attentes.
Nous ne nous verrons pas ce soir.
N’insistez pas. »

« Je vous prie de m’excuser je n’ai aucune attente. »

« Donc nous devons nous voir, vous avez emmené un strap-on de Paris, vous me le faites savoir mais vous n’avez aucune attente ? Soit vous me prenez pour une imbécile, soit vous l’êtes vous-même. »

Antoine a envoyé au moins dix messages pour se justifier, jouer les incompris, et bien sûr insister pour le dîner… Je lui aurais fait bouffer sa fourchette. Avec son strap pour condiment.